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André Gounot

La dictature qu’a imposé Fulgencio Batista à Cuba de 1952 à 1958 correspond à la catégorie bien particulière des « régimes sultaniques » si l’on suit la typologie proposée par le politiste Juan Linz. Dénués de toute idéologie mobilisatrice, ceux-ci servent avant tout les intérêts personnels du chef de l’État et de son clan. Certains de leurs traits saillants, comme le haut degré de corruption, le népotisme et le manque de professionnalisme, se dégagent clairement de l’analyse des activités de la Comisión nacional de deportes (CND) dirigée par le beau-frère de Batista. Plus près en cela d’un système autoritaire « classique », le clan au pouvoir a tenté de contrôler le mouvement sportif associatif et même de prendre en possession le Comité olympique cubain. La manière dont le mouvement sportif s’est opposé à ces tentatives témoigne de la subsistance d’une société civile intacte. Quant aux grands spectacles sportifs organisés et financés par la CND, ils n’ont guère apporté de la légitimité au gouvernement, étant trop marqués par la corruption et le dilettantisme répandus dans l’appareil d’État. Notre article reconstitue les fonctions et dysfonctionnements de la politique sportive sous Batista en s’appuyant sur de nombreux documents d’archives et des périodiques cubains, et en mettant à l’épreuve le concept de Juan Linz.